Alfredo Echazarreta

Alfredo Echazarreta est un artiste qui navigue et chevauche depuis des années, dans l’impérissable mythologie gréco-romaine. Dans Célébration : le corps et la ligne, il semble rendre hommage aux plus profondes et simples festivités qui naissent de la réunion et communion entre les êtres humains, de leurs rites et sacrifices.

Audentes fortuna juvat, « La Fortune favorise les audacieux », écrit Virgile dans L’Énéide. Les narrations du peintre, qui évoquent d’anciennes épopées, amènent en ses toiles des personnages intrépides qui voyagent, volent, boivent, dansent, jouissent et cherchent. Ils transportent leurs mondes dans des barques, ou sur une Rossinante rêveuse, qui a les pieds sur Terre ou dans l’air, et se dirige vers des latitudes que lui seul connait — lui, l’artiste, le Créateur. Ou vers un lieu qu’il a engendré avec ses lignes, ses gestes avivés par ses couleurs incandescentes, mais d’une palette minimaliste. Quelques-unes de ses œuvres sont construites avec des transparences légères ; d’autres, avec d’épaisses couches de peinture, et représentent les mêmes personnages dans leurs voyages ou errances. Où les conduisent leurs navires et leurs chevaux ? D’où viennent-ils ? Pourquoi le Créateur pose sur sa tête sa barque préférée, en composant une scène au fond rouge et tragique ?
Parfois, la barque contient un cheval, intégrant ainsi dans une seule image tout l’univers pictural de l’artiste ; le mouvement et le calme, la pulsion du nomade et du sédentaire, simultanément, dans cette embarcation qui navigue sur les océans et s’enracine sur la Terre. Est-ce le Créateur qui veut poursuivre son voyage et labourer son potager en même temps ? Est-ce le trajet final dans la barque de la mort de Charon ou une germination de l’Arbre de la Vie ? Est-ce le Créateur qui se réjouit d’écouter une mélodie avec sa bien-aimée et une centaine de joyeux convives, mais cultive aussi le silence des sages ancêtres ? Est-ce cela le Paradis de Alighieri, où il voyagea guidé par son maître, Virgile ?

Des êtres ailés qui accompagnent les simples mortels paraissent confirmer cette vision, de même, beaucoup de figures circulaires nous renvoient au mythe de l’éternel retour, à la table, à l’utérus maternel, à une Terre qui tourne et tourne pendant que les hommes poursuivent leurs célébrations dans un cosmos sans principe ni fin, en état d’apesanteur, où une constellation de soleils, lunes et corps donne la vie à un nouvel Univers. Visuellement, ces nouvelles œuvres sont plus proches du Jardin des délices de Bosch que de Le jugement dernier de Buonarroti, néanmoins elles ont aussi quelque chose des amants volants de Chagall, des lunes et pipes de Magritte, et quelqu’un pourrait affirmer : « Ceci n’est pas un Paradis ». Mais il lui ressemble et trouve sa place dans la vaste et longue histoire de l’art. De là, le Créateur invite ses spectateurs à embarquer dans ses navires et chevaux pour voyager jusqu’à son refuge de lumière, au cœur de son œuvre, amas de toile et d’huile, de ligne et de chair, de rencontre et de solitude, de fête et de recueillement.

Marilu Ortiz de Rozas
Docteur en Lettres, Université de la Sorbonne-Nouvelle, membre de la section chilienne de l’AICA, Association Internationale des Critiques d’Art.

(English Version below)

Alfredo Echazarreta is an artist who has been sailing and riding for years, in the imperishable Greco-Roman mythology. In “Célébration : le coprs, la ligne ” , he seems to pay homage to the deepest and simple festivities that arise from the reunion and communion between human beings, from their rites and sacrifices.

Audentes fortuna juvat, « Fortune favors the daring, » writes Virgil in The Aeneid. The painter’s narratives, which evoke ancient epics, bring in his canvases intrepid characters who travel, fly, drink, dance, enjoy and seek. They transport their worlds in boats, or on a dreamy Rossinante, who has her feet on the Earth or in the air, and heads to latitudes that only he knows – he, the artist, the Creator. Or to a place that he created with his lines, his gestures enlivened by his incandescent colors, but with a minimalist palette. Some of his works are constructed with light transparencies; others, with thick layers of paint, and represent the same characters on their travels or wanderings. Where are their ships and horses leading them? Where do they come from? Why does the Creator place his favorite boat on his head, composing a scene with a red and tragic background?

Sometimes the boat contains a horse, thus integrating the artist’s entire pictorial universe in a single image; movement and calm, the drive of the nomad and the sedentary, simultaneously, in this boat which sails on the oceans and takes root on the Earth. Is it the Creator who wants to continue his journey and plow his vegetable garden at the same time? Is this the final ride in Charon’s boat of death or a sprouting of the Tree of Life? Is it the Creator who enjoys listening to a melody with his beloved and a hundred happy guests, but also cultivates the silence of the wise ancestors? Is this the Paradise of Alighieri, where he traveled guided by his master, Virgil?

Winged beings who accompany simple mortals seem to confirm this vision, likewise, many circular figures refer us to the myth of the eternal return, to the table, to the maternal womb, to an Earth that turns and turns while the men continue their celebrations in a cosmos without principle or end, in a state of weightlessness, where a constellation of suns, moons and bodies gives life to a new Universe. Visually, these new works are closer to Bosch’s Garden of Earthly Delights than to Buonarroti’s The Last Judgment, yet they also have something of Chagall’s flying lovers, Magritte’s moons and pipes, and someone might say : « This is not a Paradise”. However, he looks like him and finds his place in the vast and long history of art. From there, the Creator invites his spectators to embark in his ships and horses to travel to his refuge of light, at the heart of his work, heap of canvas and oil, of line and flesh, of encounter and loneliness, celebration and meditation.

Marilu Ortiz de Rozas

Docteur en Lettres, Université de la Sorbonne-Nouvelle, membre de la section chilienne de l’AICA, Association Internationale des Critiques d’Art