Alfredo Echazarreta

Exposition personnelle du 24 août au 30 septembre 2019

Alfredo Echazarreta est un artiste qui navigue et chevauche depuis des années, dans l’impérissable mythologie gréco-romaine. Dans Célébration : le corps et la ligne, il semble rendre hommage aux plus profondes et simples festivités qui naissent de la réunion et communion entre les êtres humains, de leurs rites et sacrifices.

Audentes fortuna juvat, « La Fortune favorise les audacieux », écrit Virgile dans L’Énéide. Les narrations du peintre, qui évoquent d’anciennes épopées, amènent en ses toiles des personnages intrépides qui voyagent, volent, boivent, dansent, jouissent et cherchent. Ils transportent leurs mondes dans des barques, ou sur une Rossinante rêveuse, qui a les pieds sur Terre ou dans l’air, et se dirige vers des latitudes que lui seul connait — lui, l’artiste, le Créateur. Ou vers un lieu qu’il a engendré avec ses lignes, ses gestes avivés par ses couleurs incandescentes, mais d’une palette minimaliste. Quelques-unes de ses œuvres sont construites avec des transparences légères ; d’autres, avec d’épaisses couches de peinture, et représentent les mêmes personnages dans leurs voyages ou errances. Où les conduisent leurs navires et leurs chevaux ? D’où viennent-ils ? Pourquoi le Créateur pose sur sa tête sa barque préférée, en composant une scène au fond rouge et tragique ?
Parfois, la barque contient un cheval, intégrant ainsi dans une seule image tout l’univers pictural de l’artiste ; le mouvement et le calme, la pulsion du nomade et du sédentaire, simultanément, dans cette embarcation qui navigue sur les océans et s’enracine sur la Terre. Est-ce le Créateur qui veut poursuivre son voyage et labourer son potager en même temps ? Est-ce le trajet final dans la barque de la mort de Charon ou une germination de l’Arbre de la Vie ? Est-ce le Créateur qui se réjouit d’écouter une mélodie avec sa bien-aimée et une centaine de joyeux convives, mais cultive aussi le silence des sages ancêtres ? Est-ce cela le Paradis de Alighieri, où il voyagea guidé par son maître, Virgile ?

Des êtres ailés qui accompagnent les simples mortels paraissent confirmer cette vision, de même, beaucoup de figures circulaires nous renvoient au mythe de l’éternel retour, à la table, à l’utérus maternel, à une Terre qui tourne et tourne pendant que les hommes poursuivent leurs célébrations dans un cosmos sans principe ni fin, en état d’apesanteur, où une constellation de soleils, lunes et corps donne la vie à un nouvel Univers. Visuellement, ces nouvelles œuvres sont plus proches du Jardin des délices de Bosch que de Le jugement dernier de Buonarroti, néanmoins elles ont aussi quelque chose des amants volants de Chagall, des lunes et pipes de Magritte, et quelqu’un pourrait affirmer : « Ceci n’est pas un Paradis ». Mais il lui ressemble et trouve sa place dans la vaste et longue histoire de l’art. De là, le Créateur invite ses spectateurs à embarquer dans ses navires et chevaux pour voyager jusqu’à son refuge de lumière, au cœur de son œuvre, amas de toile et d’huile, de ligne et de chair, de rencontre et de solitude, de fête et de recueillement.

Marilu Ortiz de Rozas
Docteur en Lettres, Université de la Sorbonne-Nouvelle, membre de la section chilienne de l’AICA, Association Internationale des Critiques d’Art.