Coskun

du 1er Août au 30 août 2015

Salih COSKUN est né à Agri, aux pieds de la Montagne Ararat en 1950 un jour de printemps. Il grandit à Bursa et étudie au conservatoire d’arts dramatiques d’Istanbul. Sans cesser de peintre et de sculpter, il devient comédien. Après dix ans de scène, il entre à la monnaie d’Istanbul en tant que graveur. En 1980, il vient à Paris pour ne se consacrer qu’à son art.
Il expose en Europe et en Turquie, participe aux foires d’art (Art Paris et Tuyap Istanbul). Le Musée des beaux-arts de Troyes réalise une rétrospective de son œuvre sculpté sur bois en 2002. Le Sénat présente son œuvre monumental dans le jardin du Luxembourg et l’Orangerie (Paris, 2003 et 2007).
Il participe à plusieurs expositions de groupe et individuelles comme « La Nuit Européenne des Musées », « Copenhague Capitale Culturelle », « Être ainsi », « Ar(t)bre »… Peintre et dessinateur, il affectionne particulièrement les collaborations avec des auteurs dans le cadre de livres d’artistes. Parmi eux, Fernando Arrabal, Michel Butor, Alain Ferry…
Son œuvre a fait l’objet de publications auprès de la revue Art Absolument (numéro spécial, 2008) et chez isthme-éditions (« Coskun, sculptures », 2007). Ses réalisations sont présentes dans plusieurs institutions publiques et collections privées internationales.

Au premier matin du monde, l’homme s’extrait de la gangue de bois : une chrysalide sans délicatesse aucune, abrupte, rugueuse, puissante ainsi qu’un geyser.
On le trouve lové en position fœtale ; dressé de manière altière pour affirmer sa présence au monde : accouplé aussi en une fusion animale. D’autre fois, il fut femme, massive gisante soudainement soustraite au sommeil, tout à tour proie de l’ombre puis égérie de la lumière.
Coskun sculpte des bribes de vie, des naissances, des passions, des attractions de la chair mue par le désir. En attendant sans ménagement à leur surface, son geste scarifie les peaux. Pour faire surgir l’épaule, la hanche ou le genou, il taille dans la masse avec la célérité à laquelle l’oblige ses outils. Il connaît trop bien les mécanismes du corps pour s’être autrefois confronté aux exigences du comédien de théâtre qui lui a laissé le goût de la scénographie. Il en connaît trop bien les rouages pour mettre aujourd’hui à l’épreuve jusqu’à la douleur sa stature de bâtisseur.
Son matériau de prédilection n’offre donc jamais la distance lissée d’un bronze ou bien d’un marbre auxquels il a pu se mesurer : il accuse des accidents, des crevasses, ces sillons que creusent au fil de l’âge nos visages d’anciens enfants. Tantôt il exprime une sensuelle expressivité, tantôt le figement d’un temps arrêté.
Coskun ne se limite pas à un répertoire unique et radical : tandis qu’il façonne l’être au monde, originel en sa nudité, il s’arrêtera sur l’énigmatique incarnation des Anges ; procédera par assemblage comme pour ce mannequin de cire surmonté d’une tête féconde ; accouchera d’un lapin, d’une gargouille, d’un masque mystérieux, tout un monde en attente d’une Alice transportée en des temps reculés. Chez lui, l’Eden n’est jamais très loin de la cour des miracle. Eve côtoie Desdémone. Adam se mesure à Judas.
Le sculpteur ne cache pas la jouissance qu’il retire de son art, de sa vie, ce qui revient au même. Sa fatigue le sert. Son dessin le propulse.
« Les Visiteurs d’un soir » entrent dans l’atelier : le diable peut bien livrer combat, un cœur bat à l’intérieur d’une étreinte éternelle.

Martine Arnault Tran  Cimaise n°266-267, sept-oct 2000

http://www.ouest-france.fr/coskun-un-univers-puissant-et-poetique-3610158