Fanny Ferré

L’humanité en terre de Fanny Ferré (née en 1963) est la nôtre. Cette élève de Jeanclos travaille la terre chamottée sans armature, suivant la technique du colombin. Elle-mêle à l’argile des terres de différentes couleurs assemblées dans la masse. Sans dessin préparatoire, elle monte ses personnages par ajouts jusqu’à leur donner vie. Isolés, en groupe, ses figures sont nomades, surprises dans leurs activités quotidiennes, au travail, jouant, au repos, prêtes à reprendre une marche interrompue, silencieuse. Elles n’appartiennent à aucune époque ni à aucun continent. Faméliques, vêtues de haillons, elles ont la fragilité de l’argile que dément leur présence de laquelle se dégage une énergie insufflée par un réalisme troublant. La cuisson à mille degrés et le recours à la fonte en bronze donnent à ses sculptures un cachet d’éternité. Ses personnages appartiennent à un monde d’avant l’histoire, qui nous bouleverse par sa vérité. Les expressions de tristesse et d’espoir reflètent nos propres tourments. Les visages sont saillants, graves, les yeux fermés ou tendus, les lèvres gonflées, les cheveux collés comme le sont les étoffes drapées et flottantes sur la peau ; un peuple de misère et de grandeur s’achemine vers son destin.

Lydia Harambourg Historienne de l’art

Est-ce parce qu’elle naît de la terre que l’œuvre de Fanny Ferré est tellement ancrée dans notre humanité ? J’aime l’idée que de la glaise puisse encore surgir tout un peuple qui nous ramène à l’essentiel. Ceux qui auront le bonheur de pénétrer dans le lieu hors du temps où l’artiste veille sur eux, succomberont à une intense émotion devant ces cortèges de nomades partis d’on ne sait où pour une destination inconnue, peut-être nulle part et cela importe peu. Ils avancent ensemble, hommes, femmes, enfants et animaux en une osmose qui n’est plus de notre temps.
Ne parlez surtout pas d’exode même si des charrettes sont remplies d’objets quotidiens que l’on aurait pu vouloir sauver dans la hâte d’un départ précipité. Il ne s’agit pas d’êtres qui fuient la laideur mais d’une tribu libre, de ces seigneurs du désert qui, depuis les temps bibliques, parcourent l’immensité sans entraves matérielles, nous laissant dubitatifs quant à l’état de notre civilisation qui n’a de cesse de les réduire à la sédentarité tant il est vrai que le pouvoir a peur de l’insaisissable errance.

Martine Gasnier Auteur