Gosti

Jean-Yves Gosti, né en 1960, est surtout attiré par la matière pure : pierre, métal ou bronze. Comme matériaux de base, la pierre est essentielle dans son travail. Gosti taille certains éléments qu’il coule ensuite dans le bronze, qu’il s’agisse de la tête seule ou du corps tout entier. Il monte ensuite ces pièces séparément ou s’en sert pour former une nouvelle sculpture en alliant d’autres éléments en marbre, en basalte ou en granite.

Gosti aime aussi le travail du métal rouillé. Il laisse brute la découpe de la matière afin d’offrir aux regards une vision heurtée. Parce que l’effet sculptural prime toujours, il dessine avec son chalumeau comme un peintre avec son pinceau : dessins dans l’espace où les ombres l’emportent sur le volume.

« Au fond, j’ai toujours été attiré par les peuples dits primitifs. Mes rencontres avec les pygmées en Centrafrique ou les Inuits à Bafin’s Island restent toujours un moteur d’inspiration pour moi. J’aime les civilisations différentes de la mienne. Il y a de l’ethnographe en moi ! »

in « Après tout ce n’est que de l’art », catalogue de l’exposition à la galerie Van der Planken, 2003.

Gosti a longtemps lutté contre lui-même.
Pour produire – et non reproduire. L’homme voulait « sortir de sa condition. » Forger un idéal. L’artiste n’a jamais été dupe. Il a fait du solide, privilégié la matière pérenne : le marbre, le granite, le bronze… A l’état premier, Gosti travaille dans l’urgence, s’attaque à la pierre comme pour mieux la posséder. Les premières œuvres sont polies : des autoportraits francs, des anges sans sexe (sans âme ?). La vie le destinait à l’usine. Le voilà qui produit à la chaîne, « comme d’autres élèvent des poulets. »
Succès. Ivresse.
Puis le doute. Un jour, l’Autre lui donne du fil à retordre. Séparation. Deuil. Verlaine, ce poète qu’il affectionne tant, ne s’y est pas trompé : « sans amour et sans haine, je ne sais pourquoi mon cœur a tant de peine. » Méfiance ! Cet homme peut être malheureux comme sa pierre. La fêlure est profonde. Peu à peu, la matière et l’homme se fissurent. Les anges s’évaporent. Les femmes perdent leurs rondeurs. De leur fécondité dénudée ne subsiste que la matrice, tandis que le fruit de leurs amours, petits bonhommes aux têtes démesurées, restent les bras ballants, mains tendues, impuissants. Témoins d’une solitude intime.

Depuis, la vie a fait son chemin. L’art n’est plus un combat, un record à battre. L’homme ne veut plus avoir « à faire ses preuves – ou une épreuve – chaque jour. » De l’art en gros, Gosti n’a préservé que le détail, l’essentiel. Naissances. Renaissance. Des drageons surgissent au pied des troncs. Les têtes se redressent, et les regards (re)deviennent enfantins. Des dessins, autoportraits au regard vague, témoignent des pages que l’homme s’est efforcé de tourner.
Avant le renouveau…
« Sortir du vingtième siècle sans avoir à rougir… », lui a un jour intimé Monsieur Loubet, ce prof de dessin qui avait flairé l’artiste dans l’ancien apprenti électromécanicien. Que tous deux se rassurent : Gosti a évolué. Sur le chemin, il a abandonné certains fantômes qui le hantaient. Accepté ses doutes, pour les vivre. Etre intime avec lui-même, en somme. Sans artifices.

Thuy-Diep Nguyen, Août 2004.