Gosti

Exposition personnelle du 23 juin au 22 juillet 2018.

L’œuvre de Gosti (né en 1960, à Paris) est indissociable de l’homme, de l’aventurier amoureux de la vie. L’achat de ses premiers blocs de marbre noir en Belgique oriente son chemin qu’une boussole providentielle ne fera jamais dévier malgré les interruptions. La sculpture est rivée au corps. L’amitié, les rencontres, les échecs, les succès (illusoires ?), les amours déçus, les abandons, tout cela construit un parcours résistant à toutes les épreuves du temps comme le granit qui devient son matériau de prédilection, avec le métal. D’un père chaudronnier, il a appris les gestes et la complicité avec la matière. Le chalumeau, la tronçonneuse : des outils ordinaires par lesquels il acquiert son langage. Puisque tout part de l’homme pour y revenir, il donne naissance à une humanité protéiforme. Les figures et les visages sont dégrossis avec violence. Un primitivisme, dont l’origine vient de la rencontre avec les pygmées en Centrafrique et les Inuits de Bafin’s Island, rejoint une solitude existentielle, porteuse d’une œuvre en constant devenir.

Lydia Harambourg
La Gazette Drouot
(N°30 du 11 septembre 2015 p.131)

Gosti a longtemps lutté contre lui-même.
Pour produire – et non reproduire. L’homme voulait « sortir de sa condition. » Forger un idéal. L’artiste n’a jamais été dupe. Il a fait du solide, privilégié la matière pérenne : le marbre, le granite, le bronze… A l’état premier, Gosti travaille dans l’urgence, s’attaque à la pierre comme pour mieux la posséder. Les premières œuvres sont polies : des autoportraits francs, des anges sans sexe (sans âme ?). La vie le destinait à l’usine. Le voilà qui produit à la chaîne, « comme d’autres élèvent des poulets. »
Succès. Ivresse.
Puis le doute. Un jour, l’Autre lui donne du fil à retordre. Séparation. Deuil. Verlaine, ce poète qu’il affectionne tant, ne s’y est pas trompé : « sans amour et sans haine, je ne sais pourquoi mon cœur a tant de peine. » Méfiance ! Cet homme peut être malheureux comme sa pierre. La fêlure est profonde. Peu à peu, la matière et l’homme se fissurent. Les anges s’évaporent. Les femmes perdent leurs rondeurs. De leur fécondité dénudée ne subsiste que la matrice, tandis que le fruit de leurs amours, petits bonhommes aux têtes démesurées, restent les bras ballants, mains tendues, impuissants. Témoins d’une solitude intime.

Depuis, la vie a fait son chemin. L’art n’est plus un combat, un record à battre. L’homme ne veut plus avoir « à faire ses preuves – ou une épreuve – chaque jour. » De l’art en gros, Gosti n’a préservé que le détail, l’essentiel. Naissances. Renaissance. Des drageons surgissent au pied des troncs. Les têtes se redressent, et les regards (re)deviennent enfantins. Des dessins, autoportraits au regard vague, témoignent des pages que l’homme s’est efforcé de tourner.
Avant le renouveau…
« Sortir du vingtième siècle sans avoir à rougir… », lui a un jour intimé Monsieur Loubet, ce prof de dessin qui avait flairé l’artiste dans l’ancien apprenti électromécanicien. Que tous deux se rassurent : Gosti a évolué. Sur le chemin, il a abandonné certains fantômes qui le hantaient. Accepté ses doutes, pour les vivre. Etre intime avec lui-même, en somme. Sans artifices.

Thuy-Diep Nguyen, Août 2004.