Jacques Pasquier

Le conservateur des musées de Belfort, Nicolas Surlapierre a écrit en 2011 un texte très documenté et pertinent sur ma peinture à l’occasion de mon exposition au musée d’Art Moderne de cette ville. Il remarquait qu’ « aucune des figures, des formes ne se distinguent par son ombre projetée, bien au contraire. Ainsi, la forme prend une tournure étrange, celle du corps métaphysique »…

« les traits ne sont ni des contours ni des frontières. Il ne peut pas avoir d’ombres non plus parce que la lumière est tout sauf zénithale ».
En effet, il m’est naturel et instinctif de ne pas peindre d’ombres à mes personnages. Leur représentation est une écriture et la lumière donnée par la couleur répartie sur toute la surface du tableau contribue à cette absence.

Jacques Pasquier – 2017

« Le trait de Jacques Pasquier présente des constances qui l’identifient comme une écriture. En excluant le fignolage et le gommage, en privilégiant la spontanéité et une rapidité d’exécution à même de tenir à distance les conventions promptes à nous rattraper pour nous assujettir, Jacques Pasquier confie à son corps seul le soin de son dessin. Son trait a toujours l’aspect de traces impulsives. Le cheminement en est presque hasardeux, quelquefois hésitant. Il est emporté dans des dérives, conduit en des replis et en des entortillages où il risque parfois jusqu’à se noyer.

Les formes qu’il obtient sont scoriacées, elles présentent des irrégularités de fissures, des balafres de griffures, des foulages. A l’aune de la conception et des canons académiques, il paraît maladroit, pataud, brouillon, négligé, mais c’est bien sûr à ce caractère brut de décoffrage qu’il doit son identité, son feu, sa force.
Plus fruste il se présente, plus il est lui même. Il donne à suivre dans ses évolutions plus ou moins entravées l’urgence de l’énergie qui l’anime, la nécessité dont il est l’enjeu, le caractère extrême de l’émotion qu’il a pour ressort. Il offre de remonter jusqu’aux doigts et à la main, au bras et toute la chair, dont il est possible d’imaginer les à-coups et les vacillements, les projections et les ralentissements, les suspensions pathétiques, la danse. Nous sommes non face à une représentation mais face à une empreinte dont il a été attendu qu’elle délivre aussi exactement que possible, tout comme l’aiguille d’un sismographe, l’enregistrement de la vibration la plus intime. »

Patrick Drevet