Jean-François Fouilhoux

l’empreinte du geste

Exposition du 24 mars au 22 avril 2018.

Son enfance s’est déroulée à Corbeil, dans l’Essonne, où il est né en 1947. À 13, 14 ans, ses parents l’envoient passer ses moments de liberté chez un céramiste, Daniel Cadot, ancien des Arts Appliqués. Celui-ci ne saurait qu’engager son élève à suivre la même voie que lui.

À 16 ans, Jean-François Fouillhoux entre à l’école des Arts appliqués. À 20 ans, il est diplômé. Là, il s’est découvert une passion pour le modelage, la sculpture, le dessin: son maître, Roger Plin, nommé aux Beaux-arts, y entraîne quelques élèves, mais Jean-François Fouilhoux, lui, a décidé d’être céramiste. L’été, dans l’lndre, à Gargilesse, il rencontre le céramiste Guy Baudat: « J’ai toujours fréquenté le milieu céramique », dit-il.

Partageant son temps entre des travaux à l’école, et un emploi de maquettiste, il découvre un livre sur la céramique chinoise, une édition Massin, où de grands vases ornés de bambous inspirent ses décors de calligraphie. Un de ses professeurs, Pierre Roulot, l’engage alors à découvrir la récente donation de céramiques chinoises, faite par Mr Calmann au musée Guimet.

Et là, Jean-François Fouilhoux, en 1969, à 22 ans, s’arrête devant les céladons, ces grès de tradition chinoise : lors d’une cuisson en réduction, leur couverte, contenant un peu d’oxyde de fer, prend des nuances entre bleu et vert, et s’imprègne d’une lumière tamisée. Un vase, orné d’un tigre en relief, s’inscrit à jamais dans sa mémoire de céramiste : «ce tigre enrobé de céladon, gélifié, comme pris dans un manteau pesant d’ambre vert». Jean-François Fouilhoux vient de découvrir que «la céramique n’était pas le dessin, mais la ‘matière’ même, la roche fondue». La pièce « au tigre » restera pour lui, la référence : « Combien de fois, laissant ma voiture mal garée devant le musée Guimet, j’ai couru jusqu’à la vitrine pour poser un essai d’émail contre la vitre, puis un autre, au plus près de la bête, pour juger de mes progrès, désespéré de ne pas pouvoir garder une image mentale des sensations ressenties, de ces reflets si particuliers ».

Le céladon, « tel des nuages verts saisis dans un tourbillon de fine glace », « la non-couleur » ou « la couleur secrète », ou encore, « l’éloge de la Fadeur », développé en Chine depuis le XVe siècle avant notre ère, emprunte son nom au berger Celadon, héros du roman L’Astrée, d’Honoré d’Urfé.
Au milieu du XVIIe siècle en France céladon désignait une couleur de tissu, vert tirant sur le blanc.
Plus tard, par analogie ce nom fut donné aux céramiques.

« Travailler sur le vide. Faire que la matière naisse du vide »

La matière céladon est exprimée dans sa quintessence : un tracé de lumière dans l’espace, cernant «la forme du vide». Comme une peau irradiante enserrant un corps absent. Parvenir à la ténuité de cette forme évidée, à cette qualité de satiné du céladon, appartient à une quête d’absolu.

Marielle Ernould-Gandouet, historienne de l’art.
Revue de la société des amis du musée national de la céramique
Septembre 2008