Julien Allègre

du 25 mars au 1er mai 2017
Par vive possession, Allègre s’élance d’une trame élémentaire, puis il jette la clef des codes. Sorties du souterrain, ses formes acérées, fantasmées et possédées font disparaître toute banalité fatiguée.

Parfois, comme un soleil, la forme incante l’espace. Parfois, un visage d’immensité emporte l’horizon. Face éclatée et plurielle, traversée de tous les creux du monde.

Ce sculpteur ose priver les masses de leur masse. Ne restent que l’enveloppe, la carcasse nue, et la peau fragile de l’essentiel… Par la matière évidée, Allègre déchire l’étendue. Par les failles de l’espace, il échancre la matière. Il met en fleur des cicatrices d’humanité. Ecriture sauvage de la défiguration. Espace déchiqueté.

Ses sculptures sont des fulgurances. La fièvre des profondeurs habite ces grands surgissants, ces chromatiques brûlées, et ces masques d’intimité. Ses êtres frénétiques, libres de toute évidence culturelle, bouleversent l’inertie du réel, et s’enracinent aux affres du désir. Etrange énergie sacrificielle. Dans cet art d’empoignade et de combat, les jouissances vitales exultent, dans l’obscurité des fantasmes.

Formidable terrien, Julien Allègre impose un art barbare et lumineux, exultant de sauvage santé, au poids immense de vie dévorante et de magma à peine apprivoisé. Il éprouve la puissance solaire des transgressions vitales qui emportent nos vies et nos vides. L’ordre vacille, hanté d’inventives secousses formelles. Présence de masques à prodiges, sidérant de sensibilité, au bord de l’abîme.

Archaïque et contemporaine, l’œuvre délivre l’occident de ses concepts fatigués, et de sa pesante matérialité. Allègre réinvente la figure mythique, qu’il arrache à nos certitudes. Son art cru, métal et feu éclairants, emporte ces allures aiguës, hantées d’universalité, et ces totems fabuleux. Abrupte présence des origines. Ses œuvres font apparition. Elles ne cessent de veiller. Temps des grands veilleurs, en espace ouvert.

Allègre a l’âme chamanique, durement saisie de toutes les puissances dévoratrices du présent.

Christian Noorbergen