Khaled Alkhani

Exposition du 14 septembre au 7 octobre

Le presque rien d’un visage cerne l’impact d’un envoûtant chaos chromatique brûlant de mort-vie, quand tous les dehors du monde ont disparu.
Khaled Alkhani, venu il y a peu d’une Syrie broyée, ne craint pas la tache qui blesse l’espace. Il invente un puissant maelström d’où émerge une tête sublime et fragile. Fine, forte, dominante, et cependant repliée sur elle-même. Tête de ciel opaque sur une terre dévastée, avec un air de madone abandonnée. Tête unique comme une île de chair.
Khaled Alkhani apprivoise durement l’impensable. Il traque les fins de la création, et ses corps-univers sont des corps d’humanité. Des corps de destin. Ils ne se donnent pas en spectacle. Ils sont âpre et pure peinture née de gestes fluides et de flamboyantes couleurs qui s’affrontent. On y voit des jetées de corps aux effets de sillage perdu, et de somptueuses calligraphies charnelles, quand l’artiste-magicien libère les énergies qui s’agitent au fond des nappes du dedans. Hétérogène et pluriel, et désenfoui des apparences, le corps est vêtu d’espace.
Les fulgurances abstraites de Khaled Alkhani contrastent avec le surgissement figuratif de la tête. Elle domine la mêlée terrestre, et l’ordinaire habit de peau lui est interdit. Cible première du tableau, elle a traversé tous les désastres.
Le rouge, âpre et cru, domine des valeurs violacées violeuses de ténèbres, en saisissant contraste avec des teintes mates, pudiques et douces, qui apaisent l’étendue. Règne souvent un somptueux gris d’horizon où s’enfouissent toutes les couleurs du monde.
Chez Khaled Alkhani, la toile et le vide respirent ensemble. La part sombre hurle à la vie tout en préservant le chaos d’origine de l’incarcération corporelle. Violence créatrice et sérénité s’étreignent.
Cet art chargé est contagieux. Il augmente le taux de compression mentale, et dans ce dur face-à-face, il n’y a pas d’échappatoire. Cet art d’élan, de fièvre et de transgression bouscule les inerties du visuel.
Enregistreur avide et artiste accompli, Khaled Alkhani n’illustre jamais. Œuvre vive à deux vitesses : impact de l’instant sous le déferlement des gestes, des couleurs et des instincts, et lourdes alluvions émotionnelles, dans la durée qui laisse des traces…
Le corps disloqué et meurtri, victime d’un monde mortifère, par exorcisme réactif, rejette ce qui disloque et qui tue.
L’expressionnisme contemporain de Khaled Alkhani conjure les mauvaises mémoires. Son art majestueux dit la vie infinie qui résiste infiniment, et sa peinture éblouit l’étendue.

Christian Noorbergen
Critique d’art