Serge Labegorre

La part secrète de l’être : Exposition personnelle du 2 mars au 7 avril 2019

Serge Labégorre est considéré comme l’un des plus grands expressionnistes français vivants. Né près de Bordeaux en 1932, atteint d’une grave maladie à l’adolescence qui le plonge dans la peinture, celui qui a exposé partout dans le monde tient aussi ses racines du Béarn et du Pays Basque. Dans les œuvres de Serge Labégorre, la force du dessin retient d’emblée l’attention. Le trait est sûr, sans ambiguïté, le regard est vif, pénétrant, déterminé et le fond noir qui l’entoure, loin de l’engloutir, relève encore davantage sa détermination. Il n’y a pas de désespoir dans l’œuvre de Serge Labégorre, seulement la force de vaincre et de rendre à l’être humain toute sa noblesse. Cette exposition propose également d’explorer des paysages trop peu souvent mis en avant chez ce peintre éminent de la figure, des visages et du regard. Le traitement du paysage est tout sauf anecdotique, tant sa représentation de la nature et des lieux de vie est toujours marquée par la même puissance de traits et de couleurs. L’occasion de découvrir une facette inhabituelle de ce talentueux artiste. 

Arts Magazine International n°22 Nouvelle Série – Janvier-Février 2019

 

Rosy 2012

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Les déchirures du visible

Serge Labégorre (né en 1932, à Talence) porte un regard lucide sur ses contemporains dont la peinture se fait le miroir intransigeant d’une vision paroxystique. Cette approche singulière porte une dimension épique. Si la brutalité du dessin construit son modèle à partir de coups de pinceau, elle souligne la dérision de ces faciès dissimulateurs d’une vie secrète. La richesse de la pâte colorée introduit une sensualité qui constitue une spécificité de son champ pictural. Formes et couleurs s’enchâssent à partir de turbulences, de tensions entre les aplats et la gestuelle inquisitrice pour exprimer cet univers clos. Sous ces dépressions picturales, les drames couvent… et la structure graphique ne parvient pas à les effacer. Chaque portrait exprime la lutte âpre à laquelle se livre le peintre dont les dessins aboutissent à des textures nourries ou fluides, aux tonalités chaudes ou froides. Entre réalisme et imaginaire, ses modèles sont ceux d’une humanité incarnée. Murés dans leur solitude hors du temps, les ecclésiastiques sont enténébrés dans une ambiguïté troublante. Ces corps et ces visages désincarnés sont à l’unisson d’une intériorité chaotique. Les paysages sont pareillement traversés de ressacs, de reliefs bosselés, semblables aux yeux exorbités qui cristallisent à eux seuls la part de dérision face à la souffrance universelle. Cette peinture, à vif, est cependant profondément pensée. Les distorsions organiques sont perçues comme autant d’outrages à la beauté : elles sont la conséquence d’audaces mues par la vérité des sentiments. Les apparences disparaissent sous l’assaut des balafres, de cicatrices qui viennent casser l’ordonnance classique de la composition au profit d’une expression exacerbée avec les « crucifixions ». Labégorre expressionniste ? Sa filiation avec Dix et Soutine est évidente

Lydia Harambourg La Gazette Drouot N°30 vendredi 11 septembre 2015 (p.131)