Sophie Favre

Entassées à bord de leur embarcation de fortune, une dizaine de souris dérivent comme résignées vers une destination mystérieuse. Plus loin, une femme entre deux âges, assise le dos bien droit, semble perdue dans ses pensées, indifférente aux efforts déployés par cet homme qui, d’un geste du bras, invite tacitement chalands et curieux à partager quelque secret. Masqué sous trois morceaux d’étoffe trompeuse, un loup observe le tout d’un œil amusé. Mais peut-être son air narquois ne s’adresse-t-il à personne d’autre qu’à nous… Touchants et fascinants, les habitants du petit monde inconnu mais familier de Sophie Favre surprennent, font sourire ou suscitent la commisération. Il émane d’eux une simplicité et une franchise déroutantes, une spontanéité et une sincérité qui font mouche car elles n’interpellent rien d’autre que nos propres émotions et souvenirs.

Sophie Favre est récidiviste. Son travail s’obstine à ne pas surfer sur la vague mais à camper toujours au même endroit, là où c’est possible de s’amuser un peu du mouvement qui agite le monde. Et ses personnages, désormais familiers s’en donnent à cœur joie ! Un vieux chien goguenard s’est mis à fumer, les coureuses n’ont toujours pas suivi de régime, les liseuses n’ont pas levé le nez pour regarder la télé. Chez Sophie Favre, quand on croque dans une pomme, ce ne sont pas les gencives qui saignent, c’est la pomme qui explose.

L’univers de Sophie Favre est tendre et mélancolique, traversé par les soubresauts de l’ironie.

Lapin perplexe